1er juillet : Barra Grande

 
Au petit matin, nous quittons la belle Itacaré avec un pincement au cœur. 
 
La passe est mouvementée, le capitaine tendu à la barre, nous avons bien du mal à nous échapper de ce repaire de pirate qu’était jadis ce charmant petit village. En effet de par sa situation géographique, avec une entrée quasiment invisible du large, le Rio das Contas servait autrefois de cachette aux navires pirates, et les anciens disaient que de fabuleux trésors étaient enfouis dans les eaux d’Itacaré. C’est certainement vrai mais les temps ont changé et aujourd’hui les pirates ne viennent plus dans le Rio. 
 
Les trésors d’Itacaré, ce sont désormais ses habitants et son charme fou. Nous relâchons quelques heures plus tard devant la toute aussi belle plage de Barra Grande, à l’entrée de la Baia de Camamu. A peine débarquée je fais la connaissance du « Mestre » du village, le maître et pour cause, c’est le roi du commerce et dans ce charmant village du bout du monde aux ruelles encore sablonneuses, tout passe par lui. C’est donc à lui que nous nous adressons pour la location de quads afin de partir à l’assaut des alentours. 
 
Nous voilà lancés en pleine brousse, la terre est rouge sang, la végétation luxuriante et les pistes cabossées. Je comprends maintenant pourquoi le Mestre propose ses services massages à la fin de la journée. Le commerce est bien rodé il déglingue les quelques fous qui se risquent à emprunter ses engins et les soigne au retour, double rentabilité. Mais les bosses les plus ardues ont beau me démettre le dos, cela ne retire rien au plaisir que j’ai à arpenter le coin. Marion, accrochée derrière moi, ne bronche plus et Loup est aux anges. 
 
La nuit tombée nous regagnons le village, les habitants sont réunis dans la petite chapelle blanche et ça chante en chœur, ça tape des mains, ça danse. Il n’y a qu’au Brésil que j’ai vu une telle ambiance autour du prêtre qui fait son sermon. Emue, je me mêle à la cérémonie, le temps d’une communion. 
 
Un peu plus loin on danse la Capoeria, une danse d’origine Africaine, véritable art martial, qui permettait autrefois aux esclaves de camoufler sous l’apparence d’une danse une redoutable technique de combat au corps à corps. De retour au bateau, le ciel est clair et la balance est habitée par une planète. J’aperçois Arcturus ainsi que ma constellation du scorpion et même la Croix du Sud. J’aime lire ce ciel que je commence à connaître, il me parle et je tente de déchiffrer son message secret. Des pécheurs s’amarrent à fleur Australe et nous offrent de somptueuses crevettes. Ils en ont rapporté des tonnes. 
 
Le lendemain je fais la connaissance de Tonio qui a mis 4 ans a restauré le superbe taxi années 50 qui appartenait à son grand père. Il a quitté Ushuaia il y a maintenant 2 ans et veut rejoindre l’Alaska. Personnage haut en couleur, il dort dans une tente qu’il a aménagée sur le toit du véhicule. Le système est rodé, il nous en fait la démonstration pour le moins étonnante. Voilà un aventurier hors du commun, comme on les aime, au verbe facile et au cœur sur la main, de ceux qu’on croise au bout du monde, chemin faisant, si différents mais pourtant si proches car animés par une même soif de vivre, une même quête, celle de l’inconnu qui est toujours devant nous, un peu plus loin que la ligne d’horizon là ou le rayon vert fait frémir la mer quand le soleil l’effleure. 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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