23 Décembre - Renauld Island

 

Hier 12H00 Je fais une superbe ballade sur la banquise, d’un bout à l’autre, c’est somptueux, deux phoques crabiers se prélassent solitaires sur ce champ de glace immaculée sur des miles et des miles. Au loin, les sommets enneigés, irréels, flottent sur l’eau tels des mirages. C’est ma première vraie longue marche sur la banquise. C’est inspirant, surréaliste. Il me semble être dans une autre dimension. Je suis seule au monde, loin de la Fleur et de son équipage, parfois bruyant. Le calme absolu. Une petite appréhension collée au ventre, à chaque pas, la crainte que cela se brise. J’ai mon gilet de sauvetage et bien vite j’oublie cette inquiétude, emportée par la beauté de ce qui m’entoure. Les glaciers bleutés pleurent des larmes de glace.

 

 

 

Philou et Laura partent visiter une grotte de glace au rideau de stalactites

 

 

14H00 Nous larguons les amarres, sur cette banquise à perte de vue. Direction l’île Armstrong. C’est reparti ! Bien vite nous sommes une fois de plus confrontés à la glace, des plaques de plus en plus grosses nous obstruent le passage. Corps à corps avec la dame blanche. Le capitaine est accroché à sa barre, tendu comme un arc. Fleur Australe lutte bravement. Il neige.

 

 

 

Devant nous un iceberg prisonnier de la banquise

 

 

21H00 Nous mettons un grappin sur la banquise de l’île. Loup le plante au marteau. Il neige. 

 

23H00 Philou prend de la hauteur, pour se faire une idée sur la situation des glaces et sur la fiabilité du mouillage, mais aux alentours il n’y a pas mieux que là où nous sommes. Nous resterons donc là pour cette nuit.

 

 

 

La plaque de glace va céder ! 

 

 

5H00 du matin La plaque sur laquelle nous étions amarrés s’est décrochée et sous l’effet du vent qui a tourné à 90° Fleur australe s’est fait doucement drossée à la côte. Nous sommes comprimés entre la côte et la banquise. La situation est dangereuse. Philou essaie de se dégager par l’avant mais la plaque nous coince, bloquant l’arrière du bateau contre les rochers et l’avant dans la glace. Petit à petit nous réussissons à faire pivoter Fleur Australe de façon à ce qu’elle se retrouve parallèle à la côte, safran libéré. Celui-ci ne semble que légèrement abîmé dans sa partie basse. Un bout de glace relativement petit par rapport à la grosse plaque de l’avant nous bloque à l’arrière.

 

 

 

Coincés entre la plaque et les rochers

 

 

10H00 Rien ne bouge et il faut agir. Nous dégageons l’annexe et la mettons à l’eau, dans le peu d’eau libre qui reste entre nous et la banquise sur bâbord. Nous sondons le petit passage entre la banquise et l’ile à l’avant en relevant un haut fond à 1,50 mètres qui nous empêche de sortir par là. De retour à bord, Ernesto prend un pieux en métal, la machette et une petite masse. Nous voilà partis pour casser la glace afin d’élargir la passe et d’espérer se dégager par l’avant. Pendant plus d’une heure, Philou fait des assauts répétés avec l’annexe sur la banquise tandis qu’Ernesto fragilise la glace à coup de pieux en dessinant un arc de cercle en pointillé. La glace est très dure mais devant notre acharnement elle finit par céder par endroits et des petites plaques se libèrent dégageant légèrement le passage. 3 manchots nous dévisagent circonspects, nous brisons leur terrain de jeu.

 

 

 

Situation délicate

 

 

12H00 Nous tentons une sortie par l’avant et finissons pour notre plus grand soulagement par nous dégager et retrouver l’eau libre. Nous avons frôlé le pire.

 

 

 

Ernesto casse la glace pour ouvrir une voie 

 

 

12H30 Nous relâchons dans une nappe d’eau libre mais la banquise s’est refermée sur notre passage à 360°. Impossible de sortir. Il ne nous reste plus qu’à attendre que le vent fasse évoluer la situation en faisant bouger la glace pour que nous puissions nous échapper. Les glaces bougent constamment. Nous patienterons en guettant la faille. Nous sommes déjà bien rassurés d’avoir pu nous sortir de l’étau de ce matin. Pourvu que le Père Noël en venant nous rendre visite avec son traineau et ses rennes nous dégagent une voie d’eau libre. 

 

 

 

 

Ernesto casse la glace pour ouvrir une voie

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