20 Décembre - Lat 65°16 S 64°18 W - Lemaire Channel

 

Nous avons passé notre première courte nuit à Paradise Cove. Le bruit des glaçons qui s’entrechoquent sur la glace m’a gardé éveillée une partie de la nuit mais ce repos a été salutaire pour le capitaine.

 

 

 

 

Fleur Australe  avec voile de gros temps

 

 

4H00 du matin. Nous quittons notre mouillage bien protégé derrière Almirant Broon. C’est austère, lugubre, un cratère de glace en tout genre icebergs et brash avec floes (plaques de glace dérivantes) relativement gros. Le soleil est au rendez-vous et c’est tant mieux pour embouquer le superbe Lemaire Channel, que l’on appelle aussi la Kodak Valley car c’est sans doute l’endroit le plus photographié d’Antarctique. Je prends le zodiac avec Ernesto pour filmer Fleur australe dans ce décor de toute beauté.

 

 

 

Au pied du cap Renard 

 

 

10H00 Nous réussissons à nous sortir du Lemaire particulièrement encombrée. Un pack de glace relativement fine obstrue la sortie. De la jeune glace que Fleur australe transperce de son étrave. La délicate banquise s’ouvre devant nous, en s’écartant, elle vient buter sur les flancs de la Fleur. Nous retrouvons l’eau libre et laissons derrière nous la tendre dame blanche qui nous a fait plus de peur que de mal, pour cette fois.

 

 

 

Toutes voiles dehors 

 

 

12H00 Arrêt déjeuner à Petermann. Charcot, avec son bateau le Pourquoi pas ?, y avait hiverné, n’ayant pu trouver de refuge fiable en baie Marguerite. Il avait du dresser des chaînes pour fermer la petite crique nommer Port Circoncision afin que les icebergs n’y entrent pas. Effectivement ils sont nombreux et de taille. 

 

 

 

Nous tirons des bords au pied du glacier

 

 

14H00 Nous poursuivons vers la Baie Marguerite, envisageons un arrêt à la base Ukrainienne, rendu impossible en raison d’un pack infranchissable sous peine de se retrouver prisonniers chez les Ukrainiens. Dommage il y a là le seul bar d’Antarctique avec un vrai billard. A Loup de conclure par « De toute façons avec la claque qu’on leur a mis à la coupe du monde, valait mieux pas s’arrêter ». C’est vrai, je me souviens de la corpulence de nos amis d’Ukraine à notre dernier passage, on hésite à deux fois avant de les contredire. Notre équipier Antoine avait fait un grand bon en avant lorsque l’un deux lui avait mis une tape amicale sur l’épaule en guise de bienvenue.

 

 

 

Loup émerveillé par la banquise

 

 

16H00 Philou fait un point au compas sur la carte papier car il y a un décalage avec la carte électronique. Les récifs se mélangent avec la glace, il est donc difficile de les discerner. Le radar n’est plus d’aucune utilité, tout se mélange, récifs, icebergs, banquise. L’écran nous rend compte de l’amplitude du chaos. Nous sommes au milieu d’un pack dense, suffisamment disloqué pour que nous réussissions difficilement mais sûrement à nous frayer un passage. C’est époustouflant de beauté, ces alliances de glace sous ce ciel d’azure. Derrière nous le Mont Français est auréolé d’un gros cumulus. Réussirons nous à accéder à la Baie Marguerite ? Il n’y a rien de moins sûre. Nous sommes tôt en saison et la glace semble particulièrement présente cette année.

 

 

 

Dans le Lemaire Channel, Kodack Valley

 

 

17H00, nous filons tant bien que mal vers Pitt Island. Philou fait régulièrement des points pour éviter les récifs tandis que du nid de pie nous le guidons dans la glace. Nous avons quitté la zone où les cargos se hasardent, ici plus personne ne s’aventure à part Poncet peut être… Quelques manchots longent la banquise dans un rayon de lumière orangée. 

 

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