carnet de route de geraldine danon

   Le carnet de bord de Géraldine

Suivez au jour le jour les expéditions de Fleur Australe

Mercredi 11 août : Cedros Island

12h30 : Nous atterrissons sur Cedros Island. Nous avons abandonné l’idée de pousser jusqu’à Bahia Magdalena. Cela nous déroutait de trop. Le ciel est bleu. La mer assez grosse à l’approche de la terre. Le genaker jaune flotte dans l’air comme pour nous rappeler que nous sommes sur le chemin des alizées, la route du soleil.


Il fait chaud. Philou a péché un gros thon. Une espèce différente de ceux que nous avions pêchés vers San Francisco. Très gras et succulent, nous nous en sommes régalés à midi, en sashimis. Nous sommes au nord de l’île, nous filons vers le sud à 14 milles. Cedros fait 24 km de long. Elle vit essentiellement de la pêche et de l’exploitation du sel. 2700 âmes y vivent. Grâce à son commerce du sel, c’est le 3ème plus grand port du Mexique après Vera Cruz et Tampico. Nous passons la pointe de l’île. Le vent forcit considérablement. Nous filons à 12 nœuds. Philou met la bastaque pour tenir le mât. Nous doublons le mont Gill, 1063 mètres.

 


Paysage aride de l'ile


13h30 : Nous empannons. Les effets de côte ont fait tourner le vent au nord. Nous n’avions pas prévu cette escale. Nous n’avons donc pas de drapeau mexicain. Nous inversons un drapeau italien, sur lequel Denis dessine le petit emblème du Mexique. Nous faisons avec les moyens du bord, comme on dit en ville. Loup grimpe  sur le hauban pour l’accrocher.

 


Le douanier fait la sieste, on reviendra plutard


15h30 : Nous amarrons la Fleur à quai dans le petit port de Cedros. Des enfants nous accueillent. Ils s’amusent à plonger du ponton. Je débarque avec Philou pour  aller régler les formalités douanières à dix minutes à pied. Un des habitants nous y mène en voiture. Le douanier fait la sieste, nous repasserons plus tard. Nous demandons s’il est possible d’acheter un billet pour Cate afin de rejoindre Mexico. Il nous fait faire un tour du village, cela prend 3 minutes environ. C’est plutôt sommaire, quelques « tiendas » (magasins), des maisons colorées et une petite agence de voyage. Il y a 3 vols par semaine. Elle prendra celui de vendredi pour Hermosillo puis Mexico. Je suis contente de parler l’espagnol. J’en avais assez de l’anglais que je maitrise moins bien.  Je suis heureuse aussi de retrouver le contact humain avec ces mexicains dans ce tout petit village. Après la jungle humaine et l’anonymat de Los Angeles, cela met du baume au cœur. Nous prenons un bain de mer sur la plage de galets en plein village. L’ambiance est joyeuse. Le paysage aride, désertique, montagneux et brun. C’est un petit village mexicain tel qu’on l’imagine. Nous reprendrons la mer dès que Cate aura son billet en poche.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Mardi 10 août : Changement de route

Hier 21h00 : Philou décide de se détourner à 90° de la route et de faire cap sur les côtes du Mexique. Cate est restée dans sa bannette toute la journée, elle n’a rien avalé. Après la traversée de cinq jours entre la Colombie Britannique et San Francisco où elle n’avait pas quitté sa bannette non plus, elle nous avait dit avoir eu de violentes douleurs à l’estomac mais que tout était rentré dans l’ordre.

Il semble que la perspective d’une traversée de 3 semaines sans voir la terre lui donne des crises d’angoisse associées sans doute au mal de mer. Le capitaine a pris sa décision. Il est encore temps de la ramener à terre. Il sera trop tard d’ici quelques jours en plein milieu du Pacifique. Il ne souhaite pas courir ce risque. Cate semble soulagée et apaisée par cette décision. C’est triste, nous avions commencé cette expédition ensemble et la voir partir nous peine autant qu’elle. De plus, je m’étais programmée pour la longue traversée, je suis un peu dépitée par le cours des évènements. Nous arriverons au Mexique dans la nuit, nous ne savons pas encore exactement où. Philou a chargé Maurice Uguen, notre « routeur des glaces » de trouver une escale possible, ce qui n’a pas l’air facile. Aussitôt les formalités faites, nous reprendrons la mer. Celle-ci s’est calmée à l’approche des côtes. Le ciel est gris, la mer est grise. Je rêve devant quelques films sur les Marquises, histoire de réchauffer mon cœur.

 


En route vers le Mexique


16h00 : Le ciel est bleu, quelques strato-cumulus flottent gracieusement à l’horizon. Il fait doux. Cela fait longtemps que nous n’avions pas eu des conditions aussi agréables. Nous sommes vent arrière. La mer est belle. Les enfants jouent sur le pont. Nous avons aperçu notre premier poisson volant. Nous avons pris la décision tant qu’à nous arrêter au Mexique, de pousser jusqu’à Bahia Magdalena, à 400 miles sur la péninsule de basse Californie. Une réserve nationale, la baie est paraît-il remarquable. Cousteau s’y était arrêté lors d’un de ses voyages. Quitte à faire une escale, autant qu’elle soit belle. Cela nous permet de positiver et de remotiver l’équipage quelque peu troublé par la nouvelle. Je poursuis ma lecture des aventures de Thor Heyerdahl pour appuyer ses théories d’une migration polynésienne venue du continent américain, il n’hésita pas à effectuer la traversée du Pacifique sur un radeau de balsa, à voile, afin de prouver à ses détracteurs que la Polynésie était bien à la portée des anciens navigateurs péruviens. Ce fut la traversée du Kon-Tiki qui le mena du Pérou aux Tuamotu. Elle fut suivie en 1970 par l’expédition Râ, sur un bateau de papyrus. Après avoir remarqué de multiples similitudes entre les anciens bateaux égyptiens et ceux qui existent encore en Amérique du Sud, il décide de construire une réplique exacte des bateaux en roseaux égyptiens et de traverser l’Atlantique. L’expédition Rä tendait à expliquer la présence de pyramides en Amérique Centrale ou encore du culte du soleil chez les Mayas. Le récit des voyages d’Heyerdahl est passionnant.

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Lundi 9 août : Passage de la frontière du Mexique

Latitude 32°Nord 119°Ouest. Nous avons quitté Los Angeles à 21h00. La mer était un peu désordonnée, nous avons retrouvé ce matin en nous éloignant des côtes,  des vents plus réguliers.

Nous avons passé la frontière du Mexique il y a quelques heures et nous sommes au large par son travers. Le temps est couvert, légèrement brumeux avec un petit crachin. Nous sommes poussés par un vent ouest nord ouest de 10, 12 nœuds. Nous marchons à sept nœuds, grand voile, artimon et genaker déroulé. Marion et Loup ont été malades depuis ce matin. Quant à Cate, elle n’a pas bougé de sa bannette. La mer n’est pas grosse mais ça roule pas mal. Je suis plongée dans le livre de Thor Heyerdahl, aventurier et chercheur qui a passé une année aux Marquises pour y écrire son livre Fatu Hiva, le point de départ de ses recherches sur les migrations maritimes préhistoriques. C’est très intéressant. Il part du principe que les polynésiens auraient fait la route logique, poussés par les vents et qu’ils viendraient donc d’Amérique du Sud et de Colombie Britannique et non de Mélanésie ou de Papouasie. Il a notamment fondé ses théories sur des outils retrouvés à Bella Coola en Colombie Britannique qui ressemblent étrangement à ceux des polynésiens ainsi que sur des dessins qui ornaient des sculptures retrouvés aux Marquises dont les origines ne peuvent avoir trouvé leur source que dans ces régions. L’horizon est de plus en plus gris. Deux pétroliers nous croisent. Nous faisons cap au sud/sud ouest. Il nous reste environ 2700 milles à parcourir pour atteindre les îles enchantées.

 


En route dans les alizés brumeux

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Dimanche 8 août : Départ de Los Angeles

Il est 20h30, les lumières de la citée des anges scintillent à l’horizon. Nous sommes prêts à larguer les amarres. Cela ne fait qu’une semaine que nous sommes à Los Angeles, j’ai pourtant l’impression que nous y sommes restés un mois.

Nous sommes étourdis par tant de mouvement et très heureux de retrouver le calme de notre vie à bord après cette escale survoltée. Nous allons enfin retrouver la sérénité de l’océan, ce silence, que seul brise, le bruit des vagues sur la coque de la fleur. Ce rythme si particulier des traversées qui nous laisse le temps de respirer, d’observer, d’écouter, de vivre. Après ce petit passage en Californie, nous sommes ravis de filer vers la vie sauvage et envoutante des Marquises et de son peuple inspiré.

 


Prêt pour la traversée du Pacifique


Il est 21h00, nous hissons les voiles et embouquons le chenal de la Marina Del Rey. Au revoir Los Angeles et vive la vie en mer.

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Samedi 7 août : Dernière journée à Los Angeles

Dernière journée à Los Angeles. Nous faisons un gros plein de provisions avant la traversée : des pâtes, du riz, de l’économat… Le départ est prévu pour demain. Nous quittons cette ville de fous mais bien sympathique.

 


Avitaillement pour 1 mois de mer

La citée des anges ressemble un peu au gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger. Il se veut le chantre de la politique écolo et de la lutte contre le développement climatique, paradoxalement, il roule en Hummer. La ville de Los Angeles entend pourtant damner le pion aux autres « Green Cities » en mettant en place un ambitieux plan d’action. Mais 14 000 tonnes d’ozone et de particules de diesel sont rejetées chaque année dans l’atmosphère.

 

L’industrie, reine de la ville, le cinéma représente le 2ème pollueur de la région après l’industrie pétrochimique. Grace à l’aide de la fondation Bill Clinton, très active en matière d’environnement, Los Angeles devrait réduire de 40% sa consommation d’électricité, essentiellement destinée à l’éclairage, en remplaçant ses ampoules par des LED (Diodes électroluminescentes). L’ancien président des Etats-Unis, via sa fondation « Clinton Climat Initiative » a financé l’opération, 140 000 lampadaires municipaux doivent être équipés dans les 4 ans. En terme d’émissions de CO2, cela représenterai 40 500 tonnes par ans en moins, l’équivalent de 6700 voitures. Selon la fondation Clinton, l’éclairage public représente de 10 à 38% des couts en énergie et en eau d’une ville.

 


Los Angeles Down Town vu de Hollywood


Parmi les autres efforts de Los Angeles en matière d’écologie, on peut noter que le maire Antonio Villaraigosa, il est le premier maire hispanique dans une ville aussi importante, a dévoiler en 2007 son « Green LA Climat Action Plan ». L’objectif est de limiter ses émissions de CO2 à 35,3 millions de tonnes en 2030. C’est ambitieux lorsque l’on sait que les émissions de gaz à effet de serre s’élevaient à 51,6 millions de tonnes en 2004. Son plan passera par un renforcement de l’isolation des bâtiments publique, un système de climatisation naturelle ; une augmentation du parc de voitures hybrides ; une amélioration des transports en communs ainsi que la mise en chantier de Central Eoliennes, photovoltaïques, solaires, hydroélectriques, à biomasses ou à géothermie. Il est aussi prévu que les piscines municipales soient chauffées par énergie solaire. Son plan est contesté, le Los Angeles Time parle d’une hausse importante des tarifs d’électricité, ce à quoi le maire rétorque qu’il contribuerait à créer plus de 16 000 emplois. Voilà pour les bonnes résolutions de Los Angeles en matière d’écologie.

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Vendredi 6 août : Grand nettoyage du bateau

Grand nettoyage du bateau. Changement des filtres à eau douce et du désalinisateur. Plein de fuel, plein d’eau. Nous replaçons les sondes Ifremer pour prélever température et salinité de l’eau.

Pendant notre absence, Beti est tombée à l’eau, heureusement Denis n’étais pas loin, il l’a repêché. Ici on ne parle pas du réchauffement climatique, mais du « Global Freezing ». Toutes les conversations tournent autour du froid qui règne sur Los Angeles, cet été. Ils n’ont pas connu cela depuis 1972. C’est vrai qu’il ne fait pas bien chaud et que le ciel est gris et brumeux. Mais aujourd’hui le soleil a fait son apparition, le ciel était d’un bleu éclatant. Les enfants sont allés dans un parc d’attractions faire des montagnes russes, ils se sont bien amusés. Demain, nous avons rendez vous avec une journaliste pour évoquer notre passage du Nord-Ouest. Une fois les derniers détails inhérents à la traversée, réglés, nous lèverons l’ancre au plus vite, certainement avant mardi, la date initialement prévue.

 


Marina Bora Bora et son phoque

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Jeudi 5 août : Studios Universal

Los Angeles oblige, nous avions promis à Loup et Nina de leur faire visiter les studios Universal, c’est chose faite. Promenade à travers les plateaux, les Dents de la Mer, King Kong, Jurrasic Park, La Momie, Shreck… Il y a même la rue des Desperate Housewives. Démonstration d’effets spéciaux, le déluge, le tremblement de terre, le feu… On s’y croirait !


Water World


Loup et Nina découvrent un monde extraordinaire où tout n’est qu’illusion. Ils sont fascinés par les fausses rues plus vraies que nature. Le quartier des Westerns est particulièrement amusant, on s’attend à voir débouler John Wayne ou Clint Eastwood à chaque coin de rue. Je les avais visités en 95, mais cela n’a plus rien à voir. C’est fou ce que la technique en matière d’effets spéciaux a progressé. Désormais le « must », c’est la 3D, voir la 4D, ce qui signifie ici le toucher, c'est-à-dire essentiellement se prendre des trombes d’eaux sur la figure ou bien se faire chatouiller par des araignées ou autres bestioles lors des différentes attractions proposées après la balade dans les studios.

 


Les dents de la mer

 

Nous passons le reste de la journée à régler les derniers détails avant la traversée, vaccin du chien, envoi des prélèvements Ifremer, des K7. Les toilettes commandées devraient arriver demain. Nous avons changé de marina, celle-ci est nettement plus agréable. Elle est située juste en face, toujours sur la marina Del Rey. Pour saluer notre arrivée, une otarie nous attend sur le ponton.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Mercredi 4 août : Los Angeles

Los Angeles, c’est quatorze villes en une. On est d’emblée interpellé par ce trafic permanent et monstrueux. Les routes se croisent, ça s’emballe, c’est complètement fou. Mais où vont-ils tous, vers quelle sphère qui nous est inconnue !
Quel contraste pour nous qui arrivons de la mer, qui restons des journées entières sans croiser âme qui vive, à guetter le moindre souffle de vie.

Hier j’ai découvert le Down Town Los Angeles, le « financial district ». Je n’y étais jamais allé. On se croirait plongé dans un film de science fiction. Des tours, des hôtels hallucinants avec piscine panoramique sur le toit au milieu des gratte-ciels, décors archi design, projection de films très « art contemporain ». C’est New York 2020. Puis on reprend l’autoroute encore et encore. Ma meilleure amie est devenue madame  GPS. De sa voix suave elle me ramène à l’ordre : « Keep the left », « Follow Santa Monica »… Beverly Hills, Vénice qui est en fait un ancien champ de pétrole, Malibu, Hollywood…

 


Devant Hollywood


Il faudrait plus d’une vie pour découvrir Los Angeles. Aujourd’hui j’ai emmené les enfants sur la colline voir l’insigne Hollywood, puis petite promenade au pays des stars, Loup et Nina mettent leurs mains dans les empreintes de Georges Clooney, Johnny Depp, Frank Sinatra. Il y a même Michael Jackson, en chair et en os à côté de son étoile. Le bruit court qu’il est toujours en vie. Ici, plus rien ne nous étonne.



Avec Michael Jackson

 

Nous sommes bientôt prêts pour la grande traversée, inventaires, stocks de nourriture, de pharmacie. La météo pour la semaine à venir a l’air bonne. Nous devrions prendre la mer mardi pour les Marquises.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

nutriset 250

Les 100 derniers billets du Carnet de bord