carnet de route de geraldine danon

   Le carnet de bord de Géraldine

Suivez au jour le jour les expéditions de Fleur Australe

Dimanche 1er août : La Californie

Un véritable dimanche Californien. Nous avons pris la West Coast Pacific ce matin en direction de Malibu et de sa longue plage de sable blanc. Petit arrêt dans la Villa de Paul Getty qui abrite une vaste collection d’antiquités grecques, romaines et étrusques. C’est l’une des plus belles collection d’art antique aux Etats-Unis.

 


Maison sur pilotis à Malibu


La Villa Getty a pour modèle la Villa Dei Papiri, une maison de campagne romaine d’Herculanum, ensevelie par l’éruption du Vésuve en 79 après J-C. Après la visite de cette somptueuse demeure devenue un musée, nous longeons la plage, c’est le paradis des surfeurs. Bain de mer, partie de rigolade dans les rouleaux, un groupe de dauphins s’amusent juste à coté de nous.

 


Malibu Beach


Les grosses vagues se brisent violemment sur la plage, au pied des maisons montées sur pilotis. Il semble que l’érosion ait réduit l’espace de la dune. Le soleil est au rendez vous, les Harley Davidson vrombissent, les blondes californiennes ont sorti le string. On se croirait dans une série télé, les « life guard » n’ont pas le décolleté profond de Pamela Anderson, ce sont de charmants jeunes hommes, quand même vêtus de rouge. Ca joue au beach volley, au frees bee, ça chante, ça danse. C’est joyeux, les maisons sont jolies, l’architecture éclectique et colorée.
Nous rentrons au coucher du soleil. Santa Monica puis Venice et sa folle ambiance. Il est 20h00, le brouillard tombe comme une chape de plomb sur le Washington boulevard. Décidément Los Angeles est bien changeante. On passe d’une atmosphère à l’autre en moins d’une minute. Ce n’est pas pour rien que c’est la ville du cinéma.

 


Marion dans la Villa Getty

 

Texte Rédigé par Gérarldine Danon

Samedi 31 juillet : Marina Del Rey

Après une nuit à naviguer, sur une mer calme, poussés par un faible vent de nord. Temps froid et léger crachin. A 7h00 Los Angeles, perdue dans la brume se dessine à l’horizon. Nous entrons dans le port de Marina Del Rey.

Nous doublons des yoles guidées par des petits bateaux à moteur, les sportifs attaquent de bonne heure. Il fait gris et brumeux, très humide. Un panneau publicitaire traîné par un bateau nous croise. Un autre, demande d’utiliser les bacs à eaux grises et noires et de ne rien rejeter à l’eau. C’est avec une certaine émotion que je vis cette arrivée à Los Angeles. J’y ai de jolis souvenirs de cinéma. Quant à Philou, il y est venu il y a trente ans sur Pen Duick VI avec Eric Tabarly. Tout l’équipage est debout. Les enfants ne veulent rien rater de cette arrivée, certes moins impressionnante que celle de San Francisco mais tout aussi mythique. Ils prendront conscience de l’endroit et de l’ampleur de cette ville exceptionnelle lorsque nous irons nous promener.

 


Panneau publicitaire

 

10h00 : L’accueil à la Marina Del Rey n’est pas des plus sympathique. Nous filons à l’aéroport louer une voiture, obligatoire, dans cette ville démesurée. Direction Melrose et Sunset Boulevard, dans West Hollywood, à une heure de route. C’est le quartier que je connais le mieux. On est d’emblée frappé par la bonne humeur ambiante, les gens sont joyeux et disponibles. Nous ne devrions pas avoir de problèmes à donner nos chiots. La gente canine semble régner de main de maître sur la ville, magasins spécialisés avec toutes sortes d’articles ridicules, nounous, taxis… Ils promènent même leur chien en poussette ! Petite balade dans Hollywood, affiches géantes, studios de cinéma, tatouage. Les enfants sont aux anges … dans la ville des anges. De retour vers 21h00, des milliers d’étoiles scintillent sur Los Angeles, la ville folle.

 


Marina Del Rey

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Vendredi 30 juillet : En route pour Los Angeles

10h00 : Après une nuit agitée passée à se faire brasser dans nos bannettes. Marion n’a pas fermé l’œil de la nuit. Le vent a molli et nous sommes désormais grand voile, génois et gennaker tangonné.

Vent arrière 15 nœuds. Température extérieure 13 degrés. Le temps est gris et humide. Une petite houle nous fait rouler. Nous marchons à 6 nœuds. A l’aube, nous avons aperçu des dauphins. Trois albatros de Laysan nous survolent, majestueux.

 


Nos 2 petits chiots


17h00 : Le vent a forci. Nous avons quitté le tampon nuageux. Le ciel est d’un bleu éclatant. Nous longeons la côte aride et désertique. Nous empannons, artimon, grand voile, génois et génaker déroulés. Nous filons toutes voiles dehors vers les longues plages de Malibu, poussés par un vent de nord ouest, 18 nœuds. Nous arrivons dans la baie de Santa Barbara puis doublons la pointe Conception. Nous marchons à 8,5 nœuds. Nous devrions atteindre Los Angeles dans la matinée.

 


En route pour L.A.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Jeudi 29 juillet : Baie de Monterey

Les lions de mer font un tel vacarme qu’il est difficile de s’endormir. Monterey jouit d’un climat méditerranéen, régulé par la mer. Tandis qu’il fait froid à San Francisco et trop chaud à Los Angeles, il fait parfaitement bon par ici. Aujourd’hui, le temps est gris, légèrement brumeux. La baie de Monterey est une réserve nationale, la Monterey Marine National Sanctuary, elle abrite un institut biologique.

 

Lion de mer sur le ponton


La chaine alimentaire y est importante du fait de ces eaux profondes, on y trouve de la sardine, du maquereau, du calamar, du krill. D’où ces importantes colonies d’otaries, de lions de mer et de phoques. Nous empruntons le front de mer en direction de Cannery Row, vers l’ouest. Ce coin a été immortalisé par John Steinbeck, dans son premier roman Tortilla Flat (1935), ainsi que dans Rue de la Sardine (1945), le Beau Jeudi (1954)… Ce quartier de Monterey était jadis celui des sardineries (Cannery signifie conserverie), qui firent la richesse de la ville. Plus de 4000 ouvriers travaillaient alors dans une centaine d’usines. Nous poursuivons notre ballade par la « Stevenson House », l’ancienne résidence du percepteur des douanes, devenue pension de famille. L’auteur de l’Ile au Trésor, Robert. L. Stevenson, il y écrivit une partie de son célèbre roman. Nous faisons une dernière halte au Monterey Bay Aquarium, l’un des plus riches du monde. Les milieux marins de la baie de Monterey, la faune comme la flore y sont représentées. Plus de 300 000 animaux et 600 espèces végétales. 

 

Nous longeons le rivage, Pacific Grove puis Pebble. La côte est superbe, escarpée, bordée par une belle forêt de cyprès. C’est la zone résidentielle, des demeures plus belles les unes que les autres. Nous poursuivons jusqu’à la magnifique plage de sable fin et blanc de Carmel. Elégante station balnéaire, petit paradis des Américains fortunés, Carmel est une ville préservée, chérie des célébrités. Clint Eastwood en fut le maire en 86 et 88. Pas de lampadaire, aucun panneau, pas de feu de circulation, pas de publicité. Des superbes villas, des boutiques chics, des restaurants branchés, le tout dans un paysage admirable et sauvage. Clint Eastwood y possède 2 restaurants, il a réalisé son premier film « Un frisson dans la nuit » à Carmel et à Monterey. Après cette escale agréable, nous rejoignons la Fleur. Sur le ponton, un lion de mer nous observe tranquillement, un peu plus loin, une loutre fait sa toilette. Il est 18h30, en route pour Los Angeles, à 250 miles.



Carmel Beach

 
19h00 : Sur la digue, des cormorans devisent bruyamment avec des lions de mer. Nous guettons les baleines. Philou hisse la Grand Voile. 10 nœuds de vent d’ouest. Forte houle qui devrait se calmer quand nous nous écarterons un peu de la côte. Nous passons Cypress Point qui doit son nom à un cyprès solitaire battu par les vents depuis 250 ans, emblème de la Californie. A tribord, une baleine jaillit hors de l’eau.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Mercredi 28 juillet : le Départ

Minuit : Nous hissons la grande voile et passons sous le Golden Gate Bridge, au clair de lune. Des milliers d’étoiles scintillent sur la baie de San Francisco. La mer est calme, un léger clapot. Les lumières de la ville demeurent longtemps dans la nuit claire. Bientôt nous ne sommes plus guidés que par Vénus. Nous longeons la côte à 5 miles. Philou a réparé le tangon. Il lui restait un manchon en alu, il l’a riveté. Cela devrait être plus solide que la dernière fois. Nous marchons à 5 nœuds.

Vers 6h00 du matin, nous doublons une petite île détachée de la côte, AnoNuevo. Une importante colonie de lions de mer se prélasse, c’est un lieu de reproduction. A l’entrée de la baie de Monterey nous apercevons une baleine, nombreuses dans ces eaux, il y a des baleines bleues, des baleines à bosses, des baleines grises et des orques.

12h00 : Nous arrivons sur Monterey poussés par un faible vent de Sud-Ouest. Une légère houle pénètre dans la baie. Les cornes de brume résonnent. Le ciel se découvre peu à peu sur les dunes dorées, j’aperçois de longues plages de sables blancs.

 


Lion de Mer


Monterey est l’ancienne capitale de la Californie, rendue célèbre par les pêcheurs, les écrivains et les mexicains. En 1542, un premier explorateur espagnol repère la baie de Monterey qui ne prendra ce nom qu’en 1602, lorsqu’un 2ème explorateur y débarque et la baptise du nom du vice-roi de l’époque, le Roi de Monte Rey. Au 18ème siècle, les espagnols qui gouvernaient le Mexique y installèrent une garnison.  Une mission fut également édifiée ; elle déménagera un peu plus tard à Carmel. Monterey tomba quelque peu en désuétude, lorsque la ruée vers l’Or attira les populations vers d’autres villes. D’autres activités vinrent la réveiller à la fin du 19ème siècle : le tourisme et la pêche portée par les chinois et les italiens. Monterey fut alors promue capitale de la sardine, avant que l’industrie ne s’effondre dans les années 50.

 


La Fleur à Monterey


13h00 : Nous pénétrons dans le petit port. Le soleil brille désormais de tous ses feux. Des centaines de lions de mer devisent bruyamment, ils sautent joyeusement hors de l‘eau, grimpent sur les pontons, s’y prélassent nonchalamment. C’est l’hystérie totale au pays des otaries. Le spectacle est tout à fait unique. Beti est comme une folle. Un canyon de plus de 3000 mètres rentre dans la baie, permettant ainsi à une faune importante de se rassembler dans ses eaux. Les nombreux phoques, par exemple, que l’on aperçoit au coucher du soleil, plongent à plus de 300 mètres.

Vers 19h00, nous longeons la côte en direction de Carmel.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Mardi 27 juillet : Dernière journée à San Francisco

Dernière journée à San Francisco. Il fait grand beau. Pour la première fois, le ciel est d’un bleu limpide. Je pars avec les enfants visiter Japan Town pendant que Philou bricole sur la Fleur. J’en profite pour rencontrer Peter Meyer, scientifique, très impliqué dans la sauvegarde de l’environnement. Au tableau des villes modèles en matière d’écologie, San Francisco est une des plus audacieuses, d’ailleurs la ville s’est toujours voulue progressiste dans la lutte pour les droits aux minorités, c’est une ville d’avant-garde.

Le maire, Gavin Newsom, a adopté une politique résolument volontariste en encourageant le développement de haute technologie au service des challenges environnementaux. San Francisco vise une réduction de ses émissions de gaz à effet de serre d’environ 20% par rapport à son niveau de 90. C’est plus que ce que demande  le protocole de Kyoto pour 2012.

 


Le pont au soleil couchant


Les transports en commun sont favorisés. Il y a beaucoup de tramways et les bus ont intégré un système permettant de faibles émissions de CO2. Quant aux stations d’arrêt de bus elles sont équipées de bornes wifi. Ces arrêts « High-tech » sont surnommés les « waves » (vagues) en référence au design original de leur toit. Leur système d’information du trafic en temps réel, est alimenté par l’énergie solaire. Un service de partage de voiture, calqué sur le mode Vélib mais appliqué à l’automobile, vient d’être lancé avec des véhicules hybrides. La construction de bâtiments éco-friendly est également encouragée, à l’image du Renzo-piano, un musée récent qui dépend de la California academy of science. C’est une des structures les plus novatrices au monde. Son toit est recouvert de plantes locales et équipé de panneaux photovoltaïques producteurs d’énergie. Peter évoque aussi une autre idée originale qui a été mise en place.

 

C’est une application i Phone qui permet de savoir où se trouvent les bacs de recyclage et les poubelles les plus proches. Elle a été téléchargée plus de 4000 fois. A San Francisco, ceux qui ne recyclent pas sont passibles d’une amende. Cela fonctionne car la ville recycle plus de 75% de ses déchets. Les sacs plastiques sont interdits dans les magasins et les supermarchés.

 

La fleur pour la dernière fois à San Francisco


Il est 20h00, nous sommes de retour au bateau, prêts à larguer les amarres. Monterey se trouve à 90 milles. Les prévisions météo sont bonnes. Il y a eu aujourd’hui un bon vent, une  brise thermique qui tombe en fin de journée.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Lundi 26 juillet : Golden Gate Bridge

Nous franchissons le mythique Golden Gate, pont suspendu qui établit la jonction entre la baie de San Francisco et l’Océan Pacifique, reliant ainsi la ville de San Francisco, située à la pointe nord de la péninsule à la ville de Sausallito, située à la pointe sud du comté de Marin. C’est le monument le plus célèbre de San Francisco, il fait partie des sept merveilles du monde moderne.

Ses travaux s’achevèrent en 1937, après plus de 4 ans de péripéties et de mésaventures. Avec ses 1970 mètres, le Golden Gate Bridge fut longtemps le plus long pont suspendu du monde avant d’être supplanté par les 2270 mètres du Verrazano Narrows Bridge, à New York, en 1964. Nous le franchissions l’année dernière à la même époque. Chaque année, près de 42 millions de véhicules empruntent le célèbre pont.

 


Le Golden Gate Bridge


Plus de 1250 personnes, à ce jour, ont choisi le pont mythique pour mettre fin à leurs jours. La chute de 67mètres prend environ 4 secondes, seulement 26 personnes ont survécut à un tel saut. Nous passons une partie de la journée à visiter Sausallito, tandis que Philou s’affaire à réparer le tangon que nous avons cassé pendant la traversée. Pendant la prohibition, Sausallito accueillait les tripots qui vendaient de l’alcool. Durant la 2ème Guerre Mondiale, un chantier assemblait des navires de guerre. Il devint ensuite une casse pour bateau. Dans les années 60-70, les hippies investissent les lieux et résident dans des maisons bateaux faites de bric et de broc. Ces « house-boats » ont fait de Sausallito une ville flottante, unique dans la baie de San Francisco.

 


Maison bateau


Des péniches rafistolées, plus ou moins sophistiquées composent des villages flottants aux superstructures excentriques. Aujourd’hui la cité s’est embourgeoisée, les loyers ont grimpé. C’est devenu le fief des bobos qui ont fait fortune dans la Silicone Valley. Mais le village flottant n’a rien perdu de son charme, reste toujours aussi original et les maisons qui pour la plupart reposent sur des barges sont bien rigolotes.
Nous poursuivons notre visite du nord de San Francisco par le très élégant village de Tiburon (requin en espagnol) qui doit son nom à la présence de requins léopards dans les eaux environnantes. C’est une jolie petite station balnéaire, un charmant port, de belles demeures… Nous repassons le Golden Gate vers 18h00, à travers un brouillard épais. Si le tangon est réparé, nous reprendrons la mer demain soir. Direction Monterey.

 

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Dimanche 25 juillet : Yosemite 3

Nous partons à l’aube, en direction de Glacier Point, le point le plus haut que nous pouvons atteindre en voiture afin d’effectuer la descente de la falaise jusqu’à la vallée. Nous sommes à 2700 mètres d’altitude. Il y a plus de 2500 km de cours d’eau et des centaines de parcs d’origine glaciaire dans les limites du Yosemite National Park.

 

 

Celui-ci abrite des glaciers dans les cirques exposés au nord. Mais le réchauffement climatique actuel tend à les faire disparaitre. Le plus grand est le glacier Lyell, 4000 mètres d’altitude, il s’étend sur 65 hectares. Aujourd’hui de nombreux lacs glaciaires ont étés comblés par des sédiments et deviennent des prairies marécageuses. Autrefois, la vallée de Yosemite contenait un lac. La balade à travers la forêt de séquoias est magnifique, nous traversons la forêt puis un petit chemin sinueux et raide à flanc de montagne. Cette ancienne vallée glaciaire est très abrupte, les glaciers ont totalement sculpté le paysage, creusé et poli les roches  pour les transformer au fil du temps en canyons. Avec le réchauffement climatique, ils ont fondu, mais ils restent de gros cailloux qui semblent posés en équilibre instable sur la falaise. La vie en altitude souffre de ce réchauffement, les Pikas (petits chinchillas), par exemple, nichent de plus en plus haut dans la montagne, en quête de fraicheur. Vers 17h00  nous reprenons la route pour San Francisco. J’apprends que par chance, les incendies sont favorables à la reproduction des séquoias. Non seulement, leur écorce est résistante au feu mais surtout la chaleur permet d’ouvrir les cônes (pommes de pin, elles aussi démesurées) et libèrent les graines qui se transformeront en d’autres arbres géants.

 

 


Il est 20h30, le panneau de direction indique, Los Angeles et San Francisco. Le soleil se couche sur les champs d’éoliennes. L’horizon est rose fluo, un avion nous survole. Vénus brille de tous ses feux. La lune est pleine.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Les 100 derniers billets du Carnet de bord