carnet de route de geraldine danon

   Le carnet de bord de Géraldine

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Lundi 9 août : Passage de la frontière du Mexique

Latitude 32°Nord 119°Ouest. Nous avons quitté Los Angeles à 21h00. La mer était un peu désordonnée, nous avons retrouvé ce matin en nous éloignant des côtes,  des vents plus réguliers.

Nous avons passé la frontière du Mexique il y a quelques heures et nous sommes au large par son travers. Le temps est couvert, légèrement brumeux avec un petit crachin. Nous sommes poussés par un vent ouest nord ouest de 10, 12 nœuds. Nous marchons à sept nœuds, grand voile, artimon et genaker déroulé. Marion et Loup ont été malades depuis ce matin. Quant à Cate, elle n’a pas bougé de sa bannette. La mer n’est pas grosse mais ça roule pas mal. Je suis plongée dans le livre de Thor Heyerdahl, aventurier et chercheur qui a passé une année aux Marquises pour y écrire son livre Fatu Hiva, le point de départ de ses recherches sur les migrations maritimes préhistoriques. C’est très intéressant. Il part du principe que les polynésiens auraient fait la route logique, poussés par les vents et qu’ils viendraient donc d’Amérique du Sud et de Colombie Britannique et non de Mélanésie ou de Papouasie. Il a notamment fondé ses théories sur des outils retrouvés à Bella Coola en Colombie Britannique qui ressemblent étrangement à ceux des polynésiens ainsi que sur des dessins qui ornaient des sculptures retrouvés aux Marquises dont les origines ne peuvent avoir trouvé leur source que dans ces régions. L’horizon est de plus en plus gris. Deux pétroliers nous croisent. Nous faisons cap au sud/sud ouest. Il nous reste environ 2700 milles à parcourir pour atteindre les îles enchantées.

 


En route dans les alizés brumeux

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Dimanche 8 août : Départ de Los Angeles

Il est 20h30, les lumières de la citée des anges scintillent à l’horizon. Nous sommes prêts à larguer les amarres. Cela ne fait qu’une semaine que nous sommes à Los Angeles, j’ai pourtant l’impression que nous y sommes restés un mois.

Nous sommes étourdis par tant de mouvement et très heureux de retrouver le calme de notre vie à bord après cette escale survoltée. Nous allons enfin retrouver la sérénité de l’océan, ce silence, que seul brise, le bruit des vagues sur la coque de la fleur. Ce rythme si particulier des traversées qui nous laisse le temps de respirer, d’observer, d’écouter, de vivre. Après ce petit passage en Californie, nous sommes ravis de filer vers la vie sauvage et envoutante des Marquises et de son peuple inspiré.

 


Prêt pour la traversée du Pacifique


Il est 21h00, nous hissons les voiles et embouquons le chenal de la Marina Del Rey. Au revoir Los Angeles et vive la vie en mer.

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Samedi 7 août : Dernière journée à Los Angeles

Dernière journée à Los Angeles. Nous faisons un gros plein de provisions avant la traversée : des pâtes, du riz, de l’économat… Le départ est prévu pour demain. Nous quittons cette ville de fous mais bien sympathique.

 


Avitaillement pour 1 mois de mer

La citée des anges ressemble un peu au gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger. Il se veut le chantre de la politique écolo et de la lutte contre le développement climatique, paradoxalement, il roule en Hummer. La ville de Los Angeles entend pourtant damner le pion aux autres « Green Cities » en mettant en place un ambitieux plan d’action. Mais 14 000 tonnes d’ozone et de particules de diesel sont rejetées chaque année dans l’atmosphère.

 

L’industrie, reine de la ville, le cinéma représente le 2ème pollueur de la région après l’industrie pétrochimique. Grace à l’aide de la fondation Bill Clinton, très active en matière d’environnement, Los Angeles devrait réduire de 40% sa consommation d’électricité, essentiellement destinée à l’éclairage, en remplaçant ses ampoules par des LED (Diodes électroluminescentes). L’ancien président des Etats-Unis, via sa fondation « Clinton Climat Initiative » a financé l’opération, 140 000 lampadaires municipaux doivent être équipés dans les 4 ans. En terme d’émissions de CO2, cela représenterai 40 500 tonnes par ans en moins, l’équivalent de 6700 voitures. Selon la fondation Clinton, l’éclairage public représente de 10 à 38% des couts en énergie et en eau d’une ville.

 


Los Angeles Down Town vu de Hollywood


Parmi les autres efforts de Los Angeles en matière d’écologie, on peut noter que le maire Antonio Villaraigosa, il est le premier maire hispanique dans une ville aussi importante, a dévoiler en 2007 son « Green LA Climat Action Plan ». L’objectif est de limiter ses émissions de CO2 à 35,3 millions de tonnes en 2030. C’est ambitieux lorsque l’on sait que les émissions de gaz à effet de serre s’élevaient à 51,6 millions de tonnes en 2004. Son plan passera par un renforcement de l’isolation des bâtiments publique, un système de climatisation naturelle ; une augmentation du parc de voitures hybrides ; une amélioration des transports en communs ainsi que la mise en chantier de Central Eoliennes, photovoltaïques, solaires, hydroélectriques, à biomasses ou à géothermie. Il est aussi prévu que les piscines municipales soient chauffées par énergie solaire. Son plan est contesté, le Los Angeles Time parle d’une hausse importante des tarifs d’électricité, ce à quoi le maire rétorque qu’il contribuerait à créer plus de 16 000 emplois. Voilà pour les bonnes résolutions de Los Angeles en matière d’écologie.

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Vendredi 6 août : Grand nettoyage du bateau

Grand nettoyage du bateau. Changement des filtres à eau douce et du désalinisateur. Plein de fuel, plein d’eau. Nous replaçons les sondes Ifremer pour prélever température et salinité de l’eau.

Pendant notre absence, Beti est tombée à l’eau, heureusement Denis n’étais pas loin, il l’a repêché. Ici on ne parle pas du réchauffement climatique, mais du « Global Freezing ». Toutes les conversations tournent autour du froid qui règne sur Los Angeles, cet été. Ils n’ont pas connu cela depuis 1972. C’est vrai qu’il ne fait pas bien chaud et que le ciel est gris et brumeux. Mais aujourd’hui le soleil a fait son apparition, le ciel était d’un bleu éclatant. Les enfants sont allés dans un parc d’attractions faire des montagnes russes, ils se sont bien amusés. Demain, nous avons rendez vous avec une journaliste pour évoquer notre passage du Nord-Ouest. Une fois les derniers détails inhérents à la traversée, réglés, nous lèverons l’ancre au plus vite, certainement avant mardi, la date initialement prévue.

 


Marina Bora Bora et son phoque

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Jeudi 5 août : Studios Universal

Los Angeles oblige, nous avions promis à Loup et Nina de leur faire visiter les studios Universal, c’est chose faite. Promenade à travers les plateaux, les Dents de la Mer, King Kong, Jurrasic Park, La Momie, Shreck… Il y a même la rue des Desperate Housewives. Démonstration d’effets spéciaux, le déluge, le tremblement de terre, le feu… On s’y croirait !


Water World


Loup et Nina découvrent un monde extraordinaire où tout n’est qu’illusion. Ils sont fascinés par les fausses rues plus vraies que nature. Le quartier des Westerns est particulièrement amusant, on s’attend à voir débouler John Wayne ou Clint Eastwood à chaque coin de rue. Je les avais visités en 95, mais cela n’a plus rien à voir. C’est fou ce que la technique en matière d’effets spéciaux a progressé. Désormais le « must », c’est la 3D, voir la 4D, ce qui signifie ici le toucher, c'est-à-dire essentiellement se prendre des trombes d’eaux sur la figure ou bien se faire chatouiller par des araignées ou autres bestioles lors des différentes attractions proposées après la balade dans les studios.

 


Les dents de la mer

 

Nous passons le reste de la journée à régler les derniers détails avant la traversée, vaccin du chien, envoi des prélèvements Ifremer, des K7. Les toilettes commandées devraient arriver demain. Nous avons changé de marina, celle-ci est nettement plus agréable. Elle est située juste en face, toujours sur la marina Del Rey. Pour saluer notre arrivée, une otarie nous attend sur le ponton.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Mercredi 4 août : Los Angeles

Los Angeles, c’est quatorze villes en une. On est d’emblée interpellé par ce trafic permanent et monstrueux. Les routes se croisent, ça s’emballe, c’est complètement fou. Mais où vont-ils tous, vers quelle sphère qui nous est inconnue !
Quel contraste pour nous qui arrivons de la mer, qui restons des journées entières sans croiser âme qui vive, à guetter le moindre souffle de vie.

Hier j’ai découvert le Down Town Los Angeles, le « financial district ». Je n’y étais jamais allé. On se croirait plongé dans un film de science fiction. Des tours, des hôtels hallucinants avec piscine panoramique sur le toit au milieu des gratte-ciels, décors archi design, projection de films très « art contemporain ». C’est New York 2020. Puis on reprend l’autoroute encore et encore. Ma meilleure amie est devenue madame  GPS. De sa voix suave elle me ramène à l’ordre : « Keep the left », « Follow Santa Monica »… Beverly Hills, Vénice qui est en fait un ancien champ de pétrole, Malibu, Hollywood…

 


Devant Hollywood


Il faudrait plus d’une vie pour découvrir Los Angeles. Aujourd’hui j’ai emmené les enfants sur la colline voir l’insigne Hollywood, puis petite promenade au pays des stars, Loup et Nina mettent leurs mains dans les empreintes de Georges Clooney, Johnny Depp, Frank Sinatra. Il y a même Michael Jackson, en chair et en os à côté de son étoile. Le bruit court qu’il est toujours en vie. Ici, plus rien ne nous étonne.



Avec Michael Jackson

 

Nous sommes bientôt prêts pour la grande traversée, inventaires, stocks de nourriture, de pharmacie. La météo pour la semaine à venir a l’air bonne. Nous devrions prendre la mer mardi pour les Marquises.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Mardi 3 août : Centre océanographique

Nous prenons la route, vers 9h00, en direction de San Diego pour rencontrer Pete Davidson, un scientifique qui fait partie du Scripps Institution of Oceanography. Nous arrivons vers midi, l’institut se trouve sur le front de mer, 1300 scientifiques y travaillent. L’endroit est très agréable. Nous déjeunons au petit snack de l’institut, face à la superbe plage de la Jolla, à quelques kilomètres de San Diego.

Pete nous reçoit dans son laboratoire, il est à l’origine de l’expédition Seaplex, accompagné d’un groupe de scientifiques, il a passé 19 jours sur l’océan, dans la zone du Great Garbage Pacific, en août 2009 afin d’étudier et de décrire l’abondance du plastique et son impact sur les espèces marines. L’existence du Great Garbage Patch a été prédite dès 1988 par le National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), sur la base de recherches menées en Alaska.

 

On dit souvent que le tourbillon de déchets « le trash vortex » du nord de l’océan Pacifique s’étend sur une zone aussi grande que le Texas, Pete le confirme, mais il rajoute qu’il est fort probable qu’il s’agisse d’une zone bien plus vaste. Lorsque nous évoquons l’île en plastique, dont on parle souvent, il rigole, ce ne sont que des petits bouts qui flottent dans l’eau. En mer, sous l’influence du soleil et l’action du courant, le phénomène de biodégradation prend plus de temps, c’est pourquoi ces déchets se transforment en particules plus petites. L’île est une fausse image lancée par les journalistes en quête de spectaculaire. Si cela peut alerter l’opinion publique tant mieux. Ce qui est avéré, c’est qu’environ 6 kilos de plastique, pour un kilo de plancton ainsi que d’autres déchets polluants dérivent en cercle, emportant avec eux des poissons morts, des mammifères marins et d’autres oiseaux qui se retrouvent piégés. Certains des déchets de ce tourbillon, non-biodégradables ne seront pas détruits avant de très nombreuses années,

 


Avec Mario Aguilera à San Diego responsable du centre Océanographique de San Diego



survivant ainsi à ceux qui les ont jetés ! Environ 100 millions de tonnes de plastique sont produites chaque année, 10% finissent dans l’océan. On estime que 80% des ordures proviennent de sources terrestres, et 20% des navires. Certains cargos jettent encore leurs poubelles à la mer, dont une partie finit dans le patch. On y retrouve aussi régulièrement, des filets de pêche abandonnés. Le plastique se désagrège en morceaux toujours plus petits tout en restant un polymère. Ce processus se poursuit jusqu’au niveau moléculaire. Ce sont les déchets les plus larges qui sont pris pour de la nourriture par les oiseaux. Selon les estimations, près d’un million d’oiseaux de mer et près de 100 000 animaux marins et tortues de mer meurent chaque année  suite à l’ingestion de plastique. On retrouve ces plastiques dans leurs estomacs. Il y a aussi un autre problème, les plastiques agissent comme des  éponges chimiques, ils peuvent ainsi concentrer des polluants plus nocifs : « Persistent Organic Pollutants (POPs) ».

 

 

Devant le panneau de la Scripps Institution of Oceanography at San Diego

 

Ainsi de nombreux animaux, en consommant ces morceaux de plastique, sont empoisonnés par des produits hautement toxiques. Les toxines contenant des pièces en plastique sont également consommées par les méduses qui sont ensuite mangées par de plus gros poissons. Bon nombre de ces poissons sont ensuite consommés par les humains, entrainant ainsi l’ingestion de produits chimiques toxiques. Ces plastiques flottants affectent aussi les écosystèmes en recréant une surface stable pour le développement de certains organismes. Certaines plantes et animaux peuvent être transportés loin de leur habitat normal. Ils deviennent ainsi des nuisances pour d’autres espèces. Le tourbillon crée par la force de Coriolis est une conséquence de la rotation de la Terre. Dans cette zone de haute pression et de vent calme, le courant et le vent tournent dans le sens des aiguilles d’une montre, entrainant dans une spirale les déchets autour de l’océan Pacifique Nord. Il semblerait que le même phénomène existe aussi dans le Pacifique Sud. Il finit en nous expliquant que le vrai combat aujourd’hui est d’arrêter le processus. Ils n’ont malheureusement pas trouvé le financement pour affréter un navire en vue d’une nouvelle expédition. Aujourd’hui les étudiants qui ont pris part à cette mission sont dans la phase d’analyse de ce qu’ils ont récolté. Ils ont utilisés un petit appareil en forme de raie Manta pour attraper les débris. « Dr Fish », c’est comme cela que l’on le surnomme. Pete Davidson prend congé de nous, son temps est précieux. Nous regagnons Los Angeles, la famille nous attend. Le trafic est dense, comme toujours par ici.

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Lundi 2 août : Beverly Hills

9h00 : Nous avons rendez vous, dans un magasin spécialisé,  entre autre, en adoption de chiens. La dame craque littéralement devant nos petits chiots. Nous lui laissons Juneau et Geronimo, elle est ravie, elle n’aura aucune difficulté à leur trouver une famille. Nous les avons menés à bon port, nous en sommes fiers.

Ils auront bientôt 2 mois, ils sont sevrés. La séparation avec les enfants, en particulier avec Loup a été difficile. Nous avons gardé Maya, la femelle.  Philou a acheté du contreplaqué pour lui faire une niche. En fin de matinée, nous sommes allés visiter le très chic Beverly Hills, magasins ultra chics, hôtels de luxe et restaurants branchés, Rodéo Drive est à la hauteur de sa réputation qui en fait l’une des rues les plus chics au monde. Histoire de changer complètement d’ambiance, j’emmène les enfants se promener à Vénice Beach.

 


Venice Beach


Le contraste est saisissant, des marchands ambulants, des tatoueurs, des rappeurs, des rollers, des vélos, ça fourmille de monde en tout genre. Tous les 3 stands on vous propose de la marijuana à titre curatif évidemment. Il s’agit de faire un drôle de bilan de santé avec un médecin pas très clair puis on vous délivre votre « licence », c'est-à-dire votre permis de fumer. En prime, on peut repartir avec la machine à faire pousser l’herbe. Nous sommes décidemment dans une autre dimension. Plus sérieusement, nous prenons la route demain pour San Diego, nous avons rendez vous avec Pete Davidson, un des scientifiques du Scripps Institution of Oceanography.

 


Rodeo Drive

 

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