Mumbay, 4 fevrier

Après 5 jours bloqués au mouillage, les choses bougent enfin. Un pilote vient à bord et nous levons l'ancre pour rejoindre le port de commerce. Encore un peu d'attente car un bateau militaire fait des manœuvres et nous sommes une nouvelle fois arrêtés pendant plusieurs heures, escortés par un bateau de police. Le pilote patiente avec nous, il nous raconte qu'il étudie la pratique de l'acupressure. Ici en Inde les thérapies et médecines parallèles sont courantes. Le capitaine a une petite douleur à l'épaule et notre pilote effectue quelques pressions sur les doigts de sa main. Cela semble efficace. Nous sommes en Inde tout est possible. Le ton est donné.

2018 02 04 fa 07Le soleil s'enfonce derrière les buildings de la ville. Nous sommes autorisés à nous faufiler dans une écluse où s'engouffrent des mastodontes d'acier. Notre petite coque semble bien fragile et les remous des autres bateaux nous bousculent d'un bord sur l'autre. Nous lançons des amarres à terre et nos grosses défenses (pare battage) nous protègent du quai. Une impressionnante barge s'engage mais doit faire marche arrière car elle n'a pas assez de place. Les portes se referment derrière elle, l'eau monte lentement et nous grimpons avec nos voisins. Un nouveau pilote nous accompagne, les portes s'ouvrent et nous pouvons pénétrer dans le bassin et nous garer entre deux bateaux de recherche pétrolière. La nuit est tombée et les projecteurs on prit le relais pour éclairer le port.

Ce n'est pas le plus bel endroit de la terre, les quais sont poussiéreux, mais nous avons enfin accès à l'Inde, enfin presque, car nous devons encore montrer patte blanche à la porte de sortie, la « Yellow Gate ». Palabres et inspection de nos documents pendant deux bonnes heures. Nous voilà libérés et immergés aussitôt dans le tumulte tonitruant de la ville. En quelques mètres nous pouvons sentir son pouls battre, nous imprégner de ses odeurs et observer cette foule infernale. Le long des rues, des gens, des échoppes en tous genres, des cases rudimentaires, des chiens errants, des vélos, des taxis, des bus qui klaxonnent sans discontinuer. Les femmes sont belles, elles portent des vêtements colorés. On ressent déjà la pauvreté en découvrant des familles sur le trottoir et des gamins en haillons qui courent le long de la route. C’est le pays de tout les paradoxes. La frontière semble ne pas exister entre les riches et les pauvres, en tout cas dans la rue, tout se mélange devant les enseignes des boutiques de luxes.

Nous sommes bien arrivés à Mumbai, 25 millions d'habitants. Contents et abasourdis, nous dinons dans un restaurant indien avant d'aller nous écrouler dans nos bannettes.

 

Sur le quai, les chiens aboient. Les corneilles volent au dessus du bateau. Ces oiseaux noirs sont présents un peu partout dans la ville et se disputent les territoires avec les pigeons. Ils sont libres et survolent les embouteillages. Ici on se bouscule, on klaxonne à tue tête. Nos oreilles vont éclater, plus habituées à la douce mélodie de la mer, qu'au tintamarre de la ville. Nos yeux s'emplissent des curiosités qui défilent devant nous. Il faut venir en Inde pour découvrir la fourmilière humaine qui se croise, se frôle, se déplace. Nos enfants sont apeurés, la rue est un véritable parcours du combattant. Il faut slalomer entre les voitures et les scooters qui arrivent de partout. Je tiens la main de la petite Marion, qui ne sait plus où aller pour ne pas se faire écraser. Mais tel un jeu désordonné et sous l'effet du hasard, la foule se meut lentement, comme le courant de la rivière avec des tourbillons et des zones calmes. Il nous faut reprendre notre respiration. Nous les merriens, ce bain de foule nous étouffe.

On se précipite dans une échoppe de fruits frais. Oh que ça fait du bien de sentir un jus de fraise couler dans son corps ! Un peu de douceur. Nous sommes plongés dans un monde que nous ne connaissions que par des photos ou des reportages. Tout est là. Les hommes portent sur leurs têtes d'énormes paquets. D'autres poussent des chariots en bois avec de grosses balles. Celui-ci ficèle des blocs de glace sur son vélo tandis qu’un autre pédale pour aiguiser ses couteaux. Le sourire est sur les visages. Pas d'agressivité. Nous sommes conquis.

D'autres images défilent sous nos yeux ébahis. Elles sont denses, fortes et belles. Nous allons dans les petites ruelles, accompagnés de notre guide. Nous découvrons le quartier des laveries. Une ville de cinq mille habitants qui ne font que nettoyer du linge. Les hommes frappent les draps à grands coups de bras. Les machines rustiques lavent et essorent. Sur des fils tendus par des bambous, le linge sèche, immaculé dans le désordre de ces ruelles étroites et encrassées. C’est encore une fois, toute la magie de l’inde qui s’offre à nous, des draps propres et blancs pendent dans un paysage insalubre. Un monde de contradiction, extravagant et déroutant où tout semble permis.

Nous sommes invités dans une maison ou plutôt dans l’unique pièce qui compose cette maison. La mère, la fille et les petits enfants partagent quelques mètres carrés, comme nous sur le bateau. La télévision diffuse en boucle des chansons et de clips indiens. Nous grimpons sur les terrasses pour admirer les centaines de pièces de linge qui sèchent au soleil. En bas les hommes repassent les chemises ou les pantalons. Quelques femmes s’affairent à leurs fourneaux. Tout est condensé. Tout est exigu. Tout est promiscuité.

Le quartier d'à coté est celui des poteries. Ici partout, dans toutes les ruelles, dans chaque pièce, on fabrique des vases, des pots et dans de grands fours, on les fait cuire. Femmes, enfants, collégiens en uniforme qui rentrent de l'école, tous se croisent sans se regarder. Dans ce bidonville il y a l'eau et l'électricité. C’est simplement un habitat concentré.

Le lendemain nous poursuivons notre visite des bidonvilles de Mumbai. C’est ici qu’on a tourné Slumdog millionaire. Dans ce quartier musulman, on recycle tout. Les plastiques sont broyés et vont être réutilisés dans une autre chaine de fabrication. Un peu plus loin des hommes séparent l'aluminium du cuivre sur les pièces des climatiseurs. On recycle le carton, le bois, absolument tout.

L'ambiance est un plus pesante, c’est plus sale encore, mais c’est dans le quartier du cuir que c’est le pire, avec une odeur insoutenable. Deux énormes tuyaux traversent le bidonville. Ce sont les canalisations qui alimentent la ville de Mumbai en eau potable.

En peu de temps nous avons fait une immersion profonde dans cette mégapole, surpeuplée et polluée. Les millions de voitures, de bus, lâchent dioxyde de carbone et particules, dans l'air asphyxiant. La concentration humaine est surprenante. Des grandes tours jaillissent au milieu de quartiers délabrés. Des maisons datant d'un autre siècle sont prêtes à s'écrouler. Sur les terrasses des arbres poussent tandis qu’en bas les fils éélectriques sont totalement emmêlés. Ce petit monde semble occupé. Plein de petits boulots, peu de mendiants finalement. C'est un style, une ambiance ou les chars tirés par des buffles, doublent les voitures aux heures de pointes. C’est Mumbay. Demain si tout va bien nous ferons voile vers Goa.

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

2018 02 04 fa 02

 

Les 100 derniers billets du Carnet de bord