28 janvier, Vers l’Inde

Nous avons quitté Karachi, libérés du pilote et des formalités. Fleur Australe ne se sentait pas bien, amarrée le long d'un quai poussiéreux et baignant dans une eau nauséabonde. Vingt millions d'habitants laissent des traces de pollution. A l'entrée du port un village de pêcheurs sur une petite île, ressemble à une ville flottante et ce n'est pas sûr que le tout à l'égout y soit de mise.

2018 01 28 fa 12Il nous fallait aborder ce port pour accéder aux montagnes de l’Himalaya et découvrir un pays enfermé dans ses frontières aux voisins indélicats, l'Inde son rival depuis l'indépendance, l’Afghanistan et encore l'Iran. Seule la Chine a trouvé des accords, convoitant l’accès à la Mer d'Arabie.

La Fleur s'éloigne des côtes, retrouve une eau plus agréable. Nous passons les Bouche de l'Indus, ce fleuve venu des hautes montagnes, qui irrigue de ses eaux le pays tout entier. Nous mettons cap sur l'Inde pour rejoindre le port de Porbandar. C'est ici que Gandhi est né en 1869. Il deviendra un personnage phare dans la lutte de l'Inde pour son indépendance. Il n’aura malheureusement pas la chance de voir son pays libéré de la colonisation anglaise. Assassiné en janvier 1948, l'Inde ne deviendra indépendante qu’en janvier 1950.

Nous arrivons de nuit et mouillons à l'extérieur du port. Dans l'air flotte une forte odeur, acre et écœurante. Je me prends à rêver d’effluves de tiaré et de vahinés aux fragrances délicates, mais c’est un parfum bien différent qui me parvient de la terre, celui d’une ville polluée et insalubre. C’est ce que nous voulions : nous frotter à l’Inde, respirer son odeur, et je suis bienheureuse d’être là malgré tout. Je sais que je ne suis pas au bout de mes surprises dans ce pays qui m’attire depuis toujours. Ce ne sont pas les plages et les parfums envoutants que nous sommes venus chercher dans ce coin du monde, mais un autre enchantement et surtout la certitude ne pas être dans les sentiers battus car bien rares sont les voiliers qui s’aventurent dans ces eaux.

Au lever du soleil nous sommes abordés par un bateau des gardes côtes. Ils nous expliquent gentiment que nous ne pouvons relâcher ici. Nous devons aller faire les formalités d'entrée dans le pays, à Bombay. Dur après 3 jours de traversée vent dans le nez ! Il nous faudra encore deux jours de mer à tirer des bords entre les bateaux de pêches. Ils sont très nombreux, des centaines, des milliers et leurs coques en bois ne donne aucun écho au radar. C'est donc une veille active qui s’impose, il faut se relayer à la barre, vigilants, de nuit comme de jour. Le capitaine me dit n’avoir jamais vu une telle concentration de bateaux. Le long de la côte, ce sont des barques légères, assistées d'un petit moteur hors-bord. Nous doublons des villages où par dizaines ces frêles esquifs sont halés sur la plage. Au large, nous croisons des bateaux de pêche en bois qui ressemblent aux chalutiers bretons de années 50. Certains sont bruts, sans peinture, d'autres sont colorés, décorés avec de grands pavillons qui flottent majestueusement dans le zéphire.

Nous longeons une côte de dunes et de sable. Des éoliennes s'hérissent et balayent de leurs grandes palles la légère brise qui vient de la terre. Les enfants ont hâte d’arriver à Mumbai, puisque c’est ainsi que l’on appelle aujourd’hui Bombay. Le soleil comme une boule de feu, cramoisie et dense, se jette dans la mer. Mes yeux s’embuent, je pense à celui qui me manque déjà… Toujours. Ainsi va la vie du marin, toujours en partance, en quête de l’inaccessible étoile, avec les siens tout près du cœur.

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